Et vous pouvez dire au monsieur.....

Publié le par Lili Bernard

...qu'il peut m'offrir mon verre pour m'avoir chassée de l'autre table".

Non mais!

La galanterie se perd de nos jours. Mais se perd carrément. (Ce qui fait que là où elle existe, elle est d'autant plus remarquée et appréciée).

J'arrive dans ce bar, pour me boire un verre de rouge-d'après-cours-d'anglais-juridique (ah ces jeunes, qu'est-ce qu'ils nous font pas faire!).

Je traverse la ville pour ça. Cahiers sous le bras, sac à main à la main, enfin à l'épaule (exceptionnellement allégé pour cause de rangement récent, certes, mais quand même....avec son petit litron de Contrex), et ordi dans sac en bandoulière accroché à dernière épaule restante. Oh! Et.... le tout, perchée sur talons ispice de caunasse.

Motivée la meuf quand même.

J'arrive. Le bar est déjà bien rempli. Je cherche, et je cherche, et cherche, la table où je vais me sentir à l'aise pour écrire et décompresser. Et je me décide, me dirige vers une petite table ronde qui ne semble pas trop envahie de... "gens autour".

Et là, un gars, un vieux, 40-50 (tout de suite, ça devient vieux quand on est en plus un sale goujat), s'avance et fait mine de ...."- Euh, j'allais me mettre là".

Et comme une conne, décidément trop polie et docile, je m'excuse (non mais j'y crois pas), et je commence immédiatement à chercher ailleurs.

Mais ...pardon...il y avait écrit son nom sur la table, là? Et...ne pouvait-il pas me la laisser, par galanterie, simple galanterie? N'est-il pas grossier d'avoir ce genre de comportement?

Tout en cherchant ailleurs...je ne trouve pas. Alors je me décide pour le petit coin, dos au mur, de la table de 6 personnes.

Et là, c'est carrément le barman qui m'interpelle:

" - Vous ne voulez pas vous mettre plutôt là?"

Il a assisté à la scène - détail de taille.

- Euh....(je regarde, je me tâte le ressenti et..). Non.

- Euh....et là? On vous embête aujourd'hui, hein...

(ah ben oui, surtout que je viens de traverser la ville, en fin de journée, pour venir boire un verre dans ton bar Duschnock)

- Non plus, mais merci."

Et là: je reçois un air vraiment contrarié en retour, mais..

Je décide que j'aime bien ce bar, et que ne vais pas me laisser gâcher cela, par un pauvre quarantenaire chauve -je crois- qui a oublié ses règles de galanterie, et un barman pas moins galant nor commerçant.

J'ai dû attendre pour avoir mon verre.....j'ai aussi dû bien attendre pour avoir les petites tartines que j'avais commandées avec. A tel point que j'ai cru qu'il avait oublié la moitié de ma commande.

Et quand Duschnock est enfin venu me servir, j'ai cru lui rappeler quelques savoir-vivre en lui mentionnant ceci:

" - Et si le monsieur qui m'a chassée de la place que j'allais prendre veut me payer mon verre pour s'excuser, il peut.

- Ok, je vais lui dire".

Pour la petite histoire, et pour les curieux de la fin, le Goujat ne m'a pas payé mon verre. Il est resté assis seul, sur la table de 4 qui ne portait pas son nom, mais sans doute qu'il doit siéger au Conseil Municipal pour avoir ce privilège sur moi.

ça ne m'a pas fait sourciller pour autant;

Comme je disais à mon homme en rentrant: j'en ai marre de m'abaisser aux basses manières et manque de savoir vivre des autres. Je suis une lady et j'ai décidé d'éduquer. Que les autres me comprennent ou pas, peu m'importe. De toute façon, ils ne comprennent pas non plus quand je m'abaisse à à leur niveau. Donc autant rester au mien et l'assumer.

C'est un peu altmodisch, et justement, tout à fait recommandé à notre époque, où tout part en vrille.

Le pire dans tout ça, c'est que mon homme, m'a dit du bout des lèvres:

"- Mais ...tu sais ce que ça veut dire quand une femme dit à un homme qu'elle accepte qu'il lui paye un verre?

- Oui, apparemment, vu que tu relèves d'un air contrit: que c'est un pute? Mais tu sais quoi? En fait, en vrai, ce que ça veut dire c'est que c'est peut-être une des rares dernières ladies à conserver quelques valeurs dignes, et à le faire savoir sans rougir. "

Je sais que les hommes se complaisent à dire que toute femme, belle, et souriante (oh my God: souriante!) -résumons par attirante ici -s'attire justement le qualificatif de pute, ou de garce, et surtout si elle refuse les avances de l'homme en question (mais pardon, là, c'est encore un autre contexte, que je connais bien d'ailleurs).

Mais en fait non.

Désolée Messieurs. Désolée mon Amour, et désolée les Préjugés: je ne suis pas une pute parce-que je cherche quelques dignités à refléter dans le comportement de l'homme.

La dignité qui se reflète, bien sûr, qui fait écho quoi. En d'autres termes: la galanterie.

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