Le portable et la disparition de la politesse

Publié le par Lili Bernard

J'ai postulé à une association pour être mise en contact avec une personne âgée, et plus précisément, pour aller lui tenir compagnie, à son domicile. J'ai compris qu'on avait même la possibilité de vivre avec cette personne, ce qui est parfait, à mon sens, puisque c'est l'action la plus solidaire et concrète que je connaisse.

J'ai déposé mon dossier, qui a été accepté tout de suite.

Depuis, ça traine.

Et aujourd'hui, voilà le genre d'échange que j'ai eu, qui me laisse perplexe sur l'intelligence relationnelle de ce pays.

" Bonjour,


J'ai donné votre
numéro de portable à Mme X
(fille de Mr. Y) ;
elle a des journées très
chargées, elle se propose
de vous appeler quand elle a un moment.


Dans tout les cas,
accompagné de l'association, je
pense qu'une rencontre le vendredi 20 mars à 11h,
sera plus concrète,
cela vous permettra de vous présenter Monsieur Y,
qu'il puisse vous
connaître et vice-versa, établir un premier lien et
visiter le logement
...
Le premier contact
téléphonique est dans le but de
simplement rassurer Mme X."

Déjà, point numéro 1, s'il y a besoin de rassurer Mme X, c'est que j'ai été très mal "vendue", car on fait difficilement plus fiable que moi, et si ça n'a pas été clair pour Mme X qui cherche quelqu'un pour vivre chez son papa, c'est que le travail a mal été fait, en amont.

La dame de l'assoc m'a donc, en effet, contactée pour me dire que j'allais être mise en contact avec le monsieur âgé, mais que sa fille n'était vraiment pas rassurée, et vraiment inquiète.

Sur ce, j'ai donc, et en toute logique, proposé de parler, au préalable, avec sa fille. Ne serait-ce que parce-que si la mise en contact me coûte 10 Euros, et que la personne n'est pas prête: c'est moi qui vais perdre mon argent.

Si vous lisez bien le message ci-dessus, vous y lisez bien, comme moi, que ce coup de fil a bien pour but de rassurer la fille, pas moi. Mais déjà, elle m'appellera "si elle a du temps". Soit.

Sauf que la jeune dame de l'assoc a donné mon numéro de portable à la fille, et qu'il si il y a bien une chose dont je suis sûre, c'est que je ne veux pas donner ce numéro. Vous le savez comme moi. C'est un numéro que j'utilise quasi pas, et je ne souhaite pas être jointe dessus.

Voici la suite de l'échange:

" Mais du coup, vous ne m'avez pas demandé à moi si ça me dérangeait de donner
mon portable, et ....ça me dérange ;-)

Pouvez-vous lui donner mon fixe à la place, et lui dire que mon portable ne
fonctionne plus?

Je ne le donne jamais à personne.

Merci par avance",

Je pourrai me direz-vous, laissez tomber. Mais je pourrais aussi appeler au respect.

Quand moi, je lui ai demandé le tel de la fille, on m'a répondu: " - Je vais voir avec elle si ça ne la dérange pas". Mais m'a-t-on demandé à moi si ça me dérangeait de donner mon portable?

C'est ça ce qui me rend assez dingue dans ce pays: c'est cette prise de pouvoir continuelle sur ceux qui sont demandeurs. Parce-que je fais une demande de logement, alors je suis mise d'office dans une sorte de position d'infériorité par rapport à cette dame.

Mais je ne suis plus étudiante, et l'assoc le sait parfaitement bien, alors pourquoi n'ai-je pas droit à la même dose de respect que cette dame?

Attendez la suite:

"Re bonjour,

Vous nous avez indiqué votre numéro de portable sur le dossier, je ne
pensais pas que cela vous dérangerait.

Nous n'allons pas rappelé la fille de la personne âgée qui avait l'air
surchargée ... et je lui mentir au sujet d'un portable défectueux.
Désolée à titre exceptionnel, elle va essayer de vous joindre à ce numéro."

Donc, là, si je ne m'abuse, où elle aurait peut-être pu commencer par des excuses, et me DEMANDER si ça ne me dérangeait pas de faire une exception, elle m'impose sa façon de voir les choses d'une part, et me semble-t-il, dites-moi si je me trompe, comme si j'étais une enfant d'autre part.

Peut-être n'est-ce qu'un ressenti. Mais comment se fait-il que je le ressente aussi souvent, dans ce pays?

Ma réponse:

"Ah mais c'est n'est pas une question de mentir. Je ne souhaite pas être jointe sur mon portable qui n'est qu'exceptionnellement branché que quand je le donne en cas d'urgence.
Je sais que je vous ai donné ce portable, car je pensais déménager.

Désolée, mais je ne souhaite pas être jointe sur ce portable, et il fallait me le demander avant. Auriez-vous répondu à cette dame que vous en souhaitiez pas me déranger parce-que j'étais surchargée, si elle vous avez demandé la même chose? Je ne crois pas.

Merci de ne pas donner mon numéro de portable, et désolée de vous l'avoir en effet confié. Vous avez pris la peine de lui demander si elle pouvait être jointe et pas à moi.

Merci par avance"

Me trompe-je encore ou je suis mise en position de faiblesse, genre elle- la pauvre, il ne faut pas la déranger, mais moi, bien sûr, je suis à sa disposition. Et pourquoi? Parce-que je suis au chômage (ils le savent aussi).

On va se la refaire là...

Je suis au chômage, je ne suis pas une étudiante, j'ai 39 ans, et comme toute personne née et grandie sur cette terre, et en France, je demande un peu de respect et comment dire: d'égalité.

Mais cette petite dame de l'agence qui fait des fautes de français en me donnant des leçons sait-elle ce qu'est l'égalité?

Fin de l'histoire.

Mais pour qui se prennent les gens dans ce pays. c'est quoi 1- ce manque d'éducation, 2- cette prise de pouvoir quasi perpétuelle, en particulier lorsqu'on est demandeur?

C'est ce qui fait que c'est aussi avilissant d'être au chômage ici.

Et je vais vous dire: dans d'autres pays, être demandeurs n'arriverait même pas: ce serait les autres qui vous demanderaient au préalable si tout va bien, et comment vous aider.

Rien à voir, et ça rend la vie invariablement plus douce, pour un français, quand il se retrouve dans ces situations si rares dans son pays, et qui sont pourtant le quotidien ailleurs.

Publié dans Douce France...

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