Lili et les employeurs

Publié le par Lili Bernard

Bon les gars, j'ai fait la fourbe.

Ouac...que ça fait du bien! J'ai été diplomate, simple, directe...fourbe!

Sorry pour l'absence, mais j'étais en pleine bulle de réflexion.

Figurez-vous que la dame de l'entretien m'avait proposé un poste d'Assistante de direction. Le genre de trucs qui laisse rêveur.

Elle était toute gênée face à moi.

Elle a testé mon anglais, a quand même trouvé le moyen de me glisser que j'avais un bon accent français (comme le sien, voulait-elle dire?), mais finalement, elle avait lâché:

"- Ecoutez, je ne vous vois pas dans un poste d'exécutante. Vous avez un profil de management. Avec un CV comme ça...."

(CV où il manque le tiers de ce que j'ai fait.)

"- Vous devriez être Assistante Manager... Assistante de Direction...."

Tiens tiens...

Je suis flattée, sincèrement, mais je ne bronche pas. Je la laisse développer.

Bien sûr, je ne me souviens plus de ce qu'elle dit, mais je note bien la situation et les besoins de son entreprise.

Elle a perdu récemment sa co-gérante (Ah! Voilà ce qu'elle me dit! Que j'ai le profil d'un "bras droit"), que son assistante commerciale fait du caca (parce-qu'elle panique, selon moi).

Je l'écoute. Le poste de traductrice, pour lequel j'ai débarqué dans son entreprise, semble loin loin derrière.

Dans son petit bureau, pendant que je remplissais ses premiers tests, elle avait dû réfléchir. Je le sens comme si ...elle s’était prise une claque, en me rencontrant. Elle a mes tests sous la main, et me dit que tout le monde n'aurait pas pu écrire ça.

C'est sûr: à la première question "Vous êtes-vous déjà fait avoir par un vendeur qui vous a vendu quelque chose que vous ne vouliez pas?", j'ai répondu:

" Well...actually, no."

Quand elle a lu ça, elle a éclaté de rire!

Ben quoi? No, quoi. No, c'est vrai.(Ces fourbes de vendeurs, on me l'a fait pas à moi).

Je ne me souviens plus de la suite de la question du test, mais du coup, comme j'avais répondu non au départ, ça tombait à l'eau. Alors, je me suis sentie obligée d'improviser un petit laïus sur ce que m'aurait cependant, et sûrement dit, un vendeur, pour me vendre son truc.

Ça l'a impressionnée, je crois.

Moi aussi. D'où je sortais ça? (De Vlad, à la réflexion, c'est lui qui m'avait formée, un jour où j'avais eu une commande de Formation pour motiver une équipe de vente. Vente, vente, ils sont gentils mes clients...moi, c'est du conseil que je faisais quand j'étais responsable de boutique, pas de la vente. Il avait bien fallu que je me rencarde avant de former moi-même des gens à devenir des supers vendeurs- avec les félicitations de leur patron, siouplé. Thank you Vlad, comme quoi, tu vois, tu sers à quelque chose).

"- Et pour en revenir à un poste d'Assistante de Direction...

- Et bien écoutez, si vous me proposez un poste d'Assistante de Direction, je suis preneuse. C'est plutôt excitant comme opportunité, non?

- Mais combien demandez-vous? Vu votre profil, je crains que..."

Je réfléchis. Regarde sa tête. Réfléchis. Regarde sa tête. Entends qu'elle a un petit budget, mais un réel besoin. Elle ne veut pas me proposer de salaire. Elle me dit que je vais pleurer (elle ne sait pas que je pleure que devant les films où un papa serre son enfant dans ses bras).

" - 2300?".

Bingo!

Elle s'arrête. J'ai pas l'air d'avoir tapé trop haut.

Elle note.

Elle va ... "revenir vers moi". En attendant, elle ne part pas. Main sur la poignée de la porte, au contraire, elle me déballe un peu plus sur l'entreprise, me dit que je devrais revenir jeudi ou vendredi prochain, rencontrer l'équipe, est-ce que je suis dispo, sinon elle m'attendra, et puis, ça va pas être facile d'annoncer à l'assistante actuelle, il va lui falloir trois ou quatre jours, et je risque de faire face à des jalousies (Ah tiens? Comme c'est nouveau...).

On se met d'accord sur ce qu'on va dire à l'agence qui a servi d'intermédiaire entre elle et moi (qu'elle cherchait vraiment une native anglaise, et que ça va pas le faire pour le poste de traductrice). Elle me quitte en riant, et me file des devoirs (traductions) pour le week-end. (Le premier test, c'était un pti test). Avec les vraies traductions, pour le week-end, elle verra au moins ce que je vaux en trad, au cas où. Elle me file une trad Anglais-Français, une Français-Anglais, et une ...Allemand-Français (Bollocks: j'y passerai tout le week-end, à cause de l'allemand. C'est chouette l'allemand, mais c'est dur bordel!)

Et Bye.

Sur ce, pas peu contente de moi, je vous poste mon article mystérieux, sans vous annoncer encore tout à fait la bonne nouvelle (car qui met la charrue avant les bœufs prête le flanc aux déceptions), mais en vous disant que j'ai eu le poste. Enfin...un poste .

Cependant, j'avoue que je ne peux m'empêcher de m'y voir, moi qui voulais pas de poste, dans celui-ci. Avec un petit appart à la campagne, un chien, un salaire, et l'esprit dégagé pour faire autre chose, comme étudier, ou lire peut-être.

Je cravache tout le week-end, et finis par renoncer à la trad technique allemande. C'est pas que je peux pas, mais je me rends compte que je suis juste en train de passer mon week-end à faire des traductions pour prouver mes compétences sur un poste ...d'Assistante de direction, puisque finalement, on s'est dit non, pour le poste de traducteur, alors pourquoi me donner autant de mal?

J'envoie mes trads le lundi. Bonne petite, j'ai bossé tout le week-end pour respecter mes délais; mais encore une fois, pourquoi ai-je déjà tant donné pour elle...sans être payée pour ça?

J'attends son appel, comme prévu. Pas de news. Pas d'appel comme promis.

J'attends. (Je fais la détachée).

Le soir, je reçois ceci, par mail, siouplé - on avait dû lui piquer son téléphone:

" - Madame Bernard (ah tiens, c'est plus mon prénom tout d'un coup),

Blablablablabla. Je ne peux pas vous offrir ce poste. C'est Non"

Non?

But you said...

Non.

WHAT THE FN QGHDU?JDY.KDK?BZ8YBKI8?

Non, mais .... "- Vous avez un énorme potentiel. (Je lui ai aussi envoyé mes articles de presse, à sa demande, pendant le week-end. On peut dire que j'ai été assez réactive, et disponible).

Tu sais ce qu'il te dit mon potentiel? Qu'il aurait bien passé un week-end à faire ce qu'on doit faire en week-end: se détendre. Et mon esprit, tu sais ce qu'il te dit? Qu'il se serait bien passé de cette tentation, surtout qu'à la base, je t'ai carrément rien demandé. Et ma bonne éducation? Que tu es grossière.

Elle plaisante ou quoi?

Je fais quoi? J'appelle Hugh Grant pour qu'il appelle les tueurs à gage, comme dans Love actually où le petit ami de la secrétaire lui a dit qu'elle avait de gros poteaux à la place des jambes, et qu'il mérite donc qu'on le descende, sereinement? (Je suis sûre que Hugh appelerait aussi les SAS pour moi. Et puis d'ailleurs, on pourrait même se marier, tiens, puisque c'est comme ça. Avec Hugh, je veux dire).

Je l'insulte? Je la méprise? Je ...je ...

Je ne réponds pas. Je suis triste, déçue, et me sens affaiblie. Encore.

Elle me fait penser à tous ces mecs qui vous sortent:

" - Oh mais non, c'est pas toi, t'es une fille super, t'es géniale. C'est moi". (Pas à moi, hein: aux copines bien sûr). Mais qu'est-ce que vous avez dans la tête, les Gens? Un petit complexe d'infériorité, par hasard?

I do not answer.

Le lendemain, je me tâte.

Je suis triste tout d'abord, et je me tâte. Que répondre? car il va bien falloir répondre, sinon je suis aussi vulgaire qu'elle.

J'opte pour une after-chocolate-and-coffee-answer (entendez: j'en parle d'abord à ma tasse de café et à ma plaquette de chocolat), comme ça, je suis plutôt enjouée et dynamique.

Et ça donne:

"- Blablabla- c'est dommage-blablabla- on aurait dû penser à une collaboration sous une autre forme (consultant, ou employé à 3/4 temps) si le budget n'était pas suffisant - car si j'ai bien compris, vous aviez besoin de - blablabla- ". Et je conclus en disant que je poursuis donc mon chemin, mais me tiens à sa disposition en cas de besoin.

Je n'appellerai donc pas cette réponse clairement une offre de collaborer différemment, c'est assez ambigu. Plutôt un regret. Détaché, mais ambigu. Suffisamment pour lui laisser l'espace de rebondir, si elle le souhaite.

Et dans ma tête, je clos ce chapitre.

Au fond de moi, je reste peinée. Les Gens ne peuvent pas réfléchir un peu avant de faire des propositions, non?

Je ne suis même pas en colère, je me place inévitablement de son côté. Mais en fait, il faudrait que je me place du mien, pour une fois. J'ai même failli dire non à du travail jeudi et vendredi parce-que je tiens ma parole (moi), et j'avais réservé mentalement ces dates pour elle, à sa demande. Mais je me suis reprise au dernier moment.

Bref. Je me branche sur autre chose.

Et là....

Je trouve ce matin, pile une semaine après, un mail de la dame, envoyé le samedi soir , à 21 heures, qui me dit qu'elle va "réfléchir. Merci pour la proposition".

Reflé-quoi?

Ma "propo-quoi"? Une semaine après?

Mais le fait même qu'elle n'y ait pas répondu à valider que cela n'avait pas été reçu comme une proposition!

Laissez- moi résumer ici: je me traine pour aller postuler à un poste de traductrice (le rendez-vous est pris, je sais que je ne veux pas y aller, mais je suis polie, éduquée, moi), auquel je ne suis pas prise parce-qu'elle me découvre un profil d'Assistante de Direction. Ce qu'elle m'offre dans la foulée, sans me proposer de salaire (parce-que je risque de "pleurer" si j'entends ce qu'elle a comme budget), mais en disant qu'elle va réfléchir à celui que je lui propose, moi, du coup, mais toujours à sa demande.

Puis, dans la foulée, me dit que non, elle me prend pas. Alors que j'ai passé tout mon wik à bosser pour elle, et qu'elle m'a déjà dit qu'elle voulait que je rencontre tous mes membres de son équipe, la semaine suivante.

Le samedi soir , elle me demande mes articles (je dis bien: pendant le week-end), et le lundi, elle ne prend même pas son téléphone pour me dire non?

Je finis par répondre à son refus/rejet, tant bien que mal, polie, restant ouverte, et pas de réaction....pour recevoir 6 jours après un mail , encore le samedi soir à 22 heures, qui me dit "Merci pour votre proposition. Je vais y réfléchir" .

?

Euh....on va où là? Tu cherches ou tu cherches pas une Assistante? Elle doit pas chercher beaucoup (ou alors, c'est moi son problème, et elle n'ose pas me le dire). Et puis, elle doit pas beaucoup me vouloir non plus, pour ne jamais faire une VRAIE proposition, avec fiche de poste et salaire à l'appui. Quand on veut, on se démène, non?

Sauf que là, c'est moi qui me démène, et ce qui me frappe, c'est que je suis encore en train de me démener pour quelque chose que je ne veux pas, à la base. It sucks. Je ne suis pas là pour répondre aux besoins de ce monde...

Mais c'est quoi ce bordel?

La première qui va voir passer mon coup de sang...en fait... c'est ma plaquette de chocolat.

Ce qui est, entre parenthèse, un signe indéniable qu'il y a quelque chose qui bugue. Ou plus précisément que je n'arrive pas à dire non, ou à clarifier une situation et que ça me bloque. (Le chocolat est définitivement le meilleur baromètre à pièges-à-la-con. Si mon corps me dit: Chocolat, ou ...café, alternativement, c'est qu'il y a quelque chose de hautement dérangeant dans ma vie, auquel je n'arrive pas à dire stop..)

PS: manger du chocolat, c'est pas le problème. Mais en manger "à cause" de quelqu'un, là je dis: " NON". Je dis : "HALTE- là". D'ailleurs, je suis sûre que c'est ce chocolat-là qui file des boutons- pas l'autre, celui qui est mangé en contexte normal, c'est à dire devant la télé, avec un paquet de chips.

Quelques carreaux plus tard, je décide que je vais lui dire CE QUE JE PENSE, calmement et diplomatiquement bien sûr. Enfin plus exactement, ce que je veux. Parce-que l'ambiguïté, moi...ça me fait bouffer le mauvais chocolat, et vu les résultats sur ma tronche, ça craint pour mes futurs entretiens.

Nous sommes Mardi, son mail m'est parvenu hier, je prends mon clavier:

" - Chère Madame,

blablablablablabla."


Je lui dis tout.

Mais bien sûr, mon désir de clarté et mes accents de sincérité ne peuvent s'empêchaient de virer au mélo, donc finalement j'opte pour: abandonner la rédaction de ce mail "sincère".

Le chocolat aidant, je vire pour:

"Chère Madame,

l'entreprise avec qui j'ai passé mon dernier entretien, lundi, dont je vous avais parlé, vient juste de me contacter, et ils m'offrent un poste d'admin (gnac gnac), comme le vôtre (gnac gnac). Ils sont pour le 3/4 temps (gnac-gnac final). Je ne sais pas quoi faire (mon oeil), je me sens coincée (ben voyons); je leur ai dit que j'attendais votre réponse (je suis vraiment une fille poile et engagée). Mercredi, 16h, au plus tard. Blablabla. Y voyez-vous plus clair de votre côté (gnac gnac de secours, il en fallait un ici) ?".

Je dois dire que je m'amuse beaucoup en faisant ça. D'autres diraient que je me coupe l'herbe sous le pied, enfin que je scie la branche de l'arbre. Mais la vérité, mes enfants, c'est que je n'ai pas demandé ce job, et que par voie de conséquence, je n'ai rien à perdre à dire enfin à un employeur qui est loin de me traiter avec respect: " Assume ce que tu dis (connasse)".

La vérité c'est que moi, Lili, je suis mal, très mal, quand on me place en état d'attente, et a fortiori en attente d'un truc que je n'ai pas demandé. C'est un peu comme si l'autre s'invitait dans votre vie, vous faisait une proposition, puis hop, plus rien.

Je n'aime pas qu'on me mette dans une position d'attente, parce-que, moi, je ne m'engage pas partout à la fois. Si j'ai dit à quelqu'un " - D'accord, faisons un bout de chemin ensemble", ou " ok, rendez-vous ce soir, à telle heure", je me suis engagée. Et oui, c'est rare, mais c'est comme ça. J'vais pas faire genre : " - Ah ben non, finalement, j'ai mieux à faire ailleurs, ou j'ai plus trop super top envie, là tout de suite". Un peu à la façon parisienne.

Et aussi, je suis incapable de passer outre, et poursuivre quand quelque chose n'est pas réglé, en tout cas, quelque chose de cet acabit.

L'important: c'est que je me connaisse. Et que je me respecte. Voire que je me fasse respecter. Ça, c'est ce qui compte. C’est même extrêmement important. Ceux qui ont compris ça, ont tout compris. Ils sont peut-être au chômage, en d'autres mots: ils "craignent" (ou encore, ils "prennent des risques"), mais ils mangent du chocolat parce-qu'ils en ont envie, pas parce-qu'ils subissent les désidératas d'employeurs à la mort moi le nœud.

Ça s'appelle, Mesdames, Messieurs, le libre arbitre. Peu de gens, à notre époque ont les couilles ou, il faut bien le dire, la possibilité d'en avoir.

C'est ma liberté, mon choix. Je n'ennuie personne avec ça, je ne demande rien à personne, même pas aux Assedics...mais je ne veux pas qu'on me mette en attente de quelque chose que je n'ai pas demandé. C'est tronquer les choses.

Vlad me dirait: "- Mais on sait jamais, si elle t'apporte un travail finalement...".

Ah oui, et j'aurais déjà dû subir ces mini-insultes/ humiliations, avant même de commencer? Bonjour la suite.

Ma mère me dirait: " - Mais si, sors avec ce mec, comme ça, tu rencontreras ses copains, et tu pourrais sortir avec un autre".

No thank's guys.

En revanche, je suis en effet, du genre qui va jusqu'au bout. Tu as voulu jouer avec moi, et avec désinvolture? Je vais te mettre face à ta misère. Juste parce-que, globalement, je n'aime pas qu'on fasse ça aux gens, et impunément. Et... tu n'es pas la première.Donc, il n'y a pas de raison que je me taise.

Publié dans Recherche d'emploi

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